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La CASAMAURES est un Monument Historique de style mauresque en ciment moulé

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Le Gardien des fortifications

Helmut à petits pas s’est éclipsé de nos quartiers cet automne.
A 84 ans, Zygmunt était le dernier gardien de la Bastille. Aux pieds de sa montagne, il arpentait les quartiers de l’Est les quais de St-Laurent à l’Esplanade jusqu’au coteau des maisons du Belvedere de St-Martin-le-Vinoux.
Aux casemates : frontière ouest entre les deux communes, le roi de la récupération allumait ses feux de bivouac qui sentait trop souvent les poubelles de notre civilisation de plastic. Autoproclamé sentinelle des Fortifications Haxo, il faisait sa tambouille avec l’eau du ruisseau. En toute saison, pendant ses siestes, il se blottissait sur les escaliers près du mur de contrescarpe. Il ignorait le bruit de la route de la Résistance, la route historique Stendhal.
Longtemps il fréquenta la maison du jardinier qu’il a vu brûler un dimanche de 1990. Une vraie maison dauphinoise en tuiles-écailles à l’octroi de l’ancien parc de la villa mauresque dont les témoignages photos pérennisent l'histoire. Il y a 30 ans, c’était des jardins sur le terrain de la Guinguette avec des familles de mineurs locataires des immeubles de la petite Esplanade, de la cimenterie de la Porte de France. Les douves comblées des fortifications servaient à partager sur un banc un bout de saucisson et de causette avec les vieux retraités :
- Il fait beau, c’est mieux que la pluie !
Aucune plainte, jamais il m’a parlé de son époque de légionnaire, ou de sa solde que des jeunes allaient lui dérober en début de mois.

Le poste de garde est trop cadenassé pour servir d’abri, les jardiniers des Dauphins y entreposent leurs outils. L’inspection quotidienne continuait à petits pas flâneurs. Un regard pour voir si la grande sculpture de Morice Lipsi « Ouverture vers l’espace » tenait toujours la garde. Sur ce perchoir à 11,50m de haut, les pigeons s’y enmourachent en dansant sur ses 3 bras représentant les trois vallées de L'Y grenoblois. Ce témoignage de granit de Bretagne du symposium des jeux olympiques en 1968 marque la Porte d’entrée nord de la Capitale des Alpes.

Elle faisait partie de son étrange village formé de 1001 stations : les arrêts de bus, les marches du premier Office du tourisme de Grenoble. Est-ce qu’il savait que l’ancienne route de Lyon était une « Voie royale », impériale, avant de devenir une départementale ? Etrange touriste avec ses superpositions d’habits et son chapeau qui soliloquait face à la Porte de la France fondée par le Duc de Lesdiguières.Un jour en sortant de la boulangerie, je l’ai vu regarder longuement le regard dans le vague la plaque historique qui renseigne sur l’époque du commétable qui avait commandé le grand mail bordé à l’origine de  peupliers d’Italie. En 1620, c’était un vaste camp d’entraînement pour la ville de Garnison.
Des générations d’enfants aiment venir rire dans les chapiteaux des cirques et Elmut accoudé sur les grilles en matant les tigres et félins, semblait rêver d’une ancienne vie de baroudeur ?

Dans son cheminement quotidien, il avait ses connaissances bienveillantes et le samu social des rues. Malheureusement combien d’humiliations vivait-il dans sa dure vie de la rue, des violences de bistroquets et dancings de nuit ?
Des artisans l’alimentaient en camionnettes de palettes pour son célèbre feu, contesté depuis l’incendie du Néron en 2003 face au risque d’enflammer le site emblématique de la Bastille si vulnérable les étés de canicules.

Pendant des décennies, il montait lentement en marmonnant la rue de la Résistance, puis de la Libération pour aller manger chez les sœurs de Sévigné. Puis, il redescendait la tête souvent chavirée de souvenirs de guerre. En 1981, il nous accusait violemment de lui avoir « volé » sa maison mauresque qu’il squattait dans les années 70 avec ses copains de bouteille.
L’alcool ravivait ses colères, ses effrois de bombardement et ses crises d’injures effrayaient les inconnus. Alors que s’approchant de lui, il suffisait simplement de lui dire :
- « Bonjour, qu’est-ce qui ne va pas aujourd’hui ?
Ses petits yeux bleus allumaient sa face burinée de cicatrices: «  Rien, rien, ça va : fait beau, pas fait de bêtise », se repentait ce renverseur de poubelles. « J’y vais » et ses pas reprenaient sa ronde de quartiers, l’emmenant plus loin au fil des trottoirs, à la recherche d’abris précaires…
Cet hiver, on ne lui portera plus des vêtements, des thermos de café chaud, ni de pain brioché pour ses mauvaises dents. Le grand-père des clochards a fait bifurquer sa route. 
C’était un sacré résilient. Homme des bois sur les berges de l’Isère ou sur le chemin des sangliers longeant les fortifications, Elmut-Zygmut était une présence des coins de rue, dans une ville pressée d’indifférence.
Sans protecteur, les petites musaraignes et souris qui se nichent dans les meurtrières des fortifications seront affamées cet hiver. Le berger du petit peuple des murailles a fini de partager son pain cet hiver.

A la revoyure voisin !
Zygmunt Piekarski né le 2 mars 1925 en Pologne,  est décédé 15 octobre 2009

«  Palimpseste » Photographies de Claude  Sandre,
    Orangerie de la Casamaures, du 1er septembre au s. 3 octobre 2009
Hotel de ville de St-Martin-le-Vinoux, novembre, décembre 2009
Susville, église des mineurs, 15 mai 2011
CAF Grenoble (3 rue de Belgrade) ete 2011

    Dans le cadre de l’exposition collective « La Casamaures 2009, vues par... », Claude Sandre propose une relecture de ce lieu qui hantait ses souvenirs. "L'oeil du photographe » permet ce passage du monde rationnel au monde sensible.

    Par un jeu sur les ambiguïtés de la lumière, l'imagination du spectateur se trouve avivée. Les effets de transparence, de réflexion transforment l'espace. Les ombres, les ouvertures prennent l'allure de silhouettes mouvantes ; des motifs se voient transposés dans le champ de l'objectif. Tout n'est     qu' à faire de patience, de sensibilité et parfois même de hasard pour (re)créer la Casamaures. Et peut-être aussi pour oublier qu'il s'agit d'un lieu de vie où le temps ne s'est pas arrêté.
    Ce sont d'habiles point de vue coupés qui interpellent l'esprit. Sans cesse sollicité, il lui faut imaginer ce que Claude Sandre n'a pas rendu accessible au regard, se confronter à la réalité, s'y perdre et rêver. Au-delà de l' « oeil » et des sens, c'est la raison qui est interpelée. Des choix cornéliens sont soumis à réflexion... il faut apprendre à renoncer. Le refus de la mise en scène fait de ses découpages artistiques de l'espace un nouveau mode d'appropriation des lieux qui se dérobent chaque fois. C'est cette même idée d'inachevé qui est reprise dans l'accrochage des photographies dépourvues de cadre : le regard va de l'une à l'autre sans transition matérielle. Et le fond neutre offre une ouverture sur un monde des possibles infini.

    La puissance de ces clichés réside dans ce que la photogénie de la Casmaures donne à voir sans jamais révéler tous ses mystères. C'est un univers fantasmagorique que nous révèle Claude Sandre, plongeant le spectateur à l'intérieur et bien au-delà du cadre architectural enchanteur des Mille et une Nuits.
Les tirages ainsi exposés sur les murs de l'Orangerie semblent des notes de musique en liberté. L'esprit se libère, se trouve happé au cœur de cette ambiance fantastique laissant place à une véritable expérience sensorielle.

    Si le voile est levé, l'objet de tous les désirs n'est jamais mis à nu.
Raphaële Skupien
 
Orangerie: dans le cadre de l'exposition La Casamaures 2009, vues par 10 photographes
jusqu'au 3 octobre, permanences chaque mardi, mercredi et samedi à 14h

samedi 19 septembre, à 18h ORANGERIE
KAZAK  et MELOUKA accompagné par PHILIPPE FONTAINE  
« La fibre »   de Grenoble à Bakou…

http://www.kazak.fr

Photo de Bruno Moyen


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le webmestre , 17 Mars 2007
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