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Le monument historique de style mauresque est encadré par deux routes de Lyon. Posté sur son rocher, la demeure domine à 20m de haut l'Isère et les fortifications au sud Est délimitant le quartier ouvrier de l'Esplanade qui fut modelé par l'expansion démographique et la cimenterie de la Porte de France ouverte en 1842.
La Voie royale de 1620 de Lesdiguières fut débaptisée au XIXe en prenant le nom de « Route impériale de Lyon à Châlons-sur-Saône ».
Dès 1839 un projet fut établi en vue d'éviter la montée du coteau de Saint-Martin. L'administration des Ponts et Chaussées, fit établir une nouvelle route nationale n°75 longeant l'Isère entre le bout de l'Esplanade de la Porte de France et le bac de Pique Pierre,
(une carrière assez importante qui a été fortement exploitée pour les fondations du lycée Champollion en 1880).
ARCHIVES VILLE GRENOBLE : Le 5 février 1877, une souscription a été ouverte pour offrir à l'Etat une subvention de 10 000 fr. afin de hâter l'entreprise des travaux de rectification des rampes de St Martin le Vinoux sur la route nationale N° 75 et ceci pour occuper les ouvriers au chômage.
Un rapport de l'ingénieur Moïse (11 mai 1872) concernant l'intensité du trafic de la route nationale, la circulation des transports (voyageurs, marchandises). Nous apprenons ainsi que " 782 véhicules de voyageurs empruntent cette route chaque année, que 363 tonnes de marchandises transitent par cette montée et que la pression par véhicule au centimètre carré est de 305 kilogrammes".
Durant le mois de juin 1877, commencent les travaux poussés avec une extrême vigueur profitant des remblais des carrières et des jardins gagnés par les riverains.
Les travaux de la future nationale sont poussées avec une extrême vigueur puisque la route est distinctement tracée par l'ingénieur Boiton sur le plan de 1878 (année de revente de la villa mauresque » 1855-1878).
Expansion de la ville de Grenoble en limite du terrain Cochard.
Grenoble établit de nouvelles limites entre les deux communes en annexant tout le quartier de l'Esplanade par un décret de 17 avril 1884. Déjà l'île du Polygone de Saint-Martin le Vinoux fut annexée à Grenoble par la loi 6 juillet 1862 . (Saint-Martin a perdu ainsi 63 hectares de son territoire).
Les dernières fortifications de la ville descendront de la Bastille jusqu'à la route de Lyon et l'Isère. Sur un plan du mois d'août 1881, établit par les Ponts et Chaussées pour la cession des terrains des divers propriétaires, on note "emplacements acquis par le génie militaire pour l'agrandissement de l'enceinte Haxo". Sur un autre plan du 6 septembre 1883 les fortifications y sont en effet bien représentées. Son l'octroi, le poste de garde servirent encore pendant les dernières guerres.
En 1968, l'autoroute A 48 est percée. Pour le symposium de sculpture, Morice Lipsi sculpte la « Colonne olympique : ouverture dans l'espace » qui marque aujourd’hui la porte d’entrée des 3 vallées de Grenoble.
L’histoire des routes et celle de La Casamaures est racontées chaque premier samedi du mois à 14h, lors du parcours guidé du monument devant la maquette du site au XIXe siècle dans l’Orangerie.
Helmut à petits pas s’est éclipsé de nos quartiers cet automne.
A 84 ans, Zygmunt était le dernier gardien de la Bastille. Aux pieds de sa montagne, il arpentait les quartiers de l’Est les quais de St-Laurent à l’Esplanade jusqu’au coteau des maisons du Belvedere de St-Martin-le-Vinoux.
Aux casemates : frontière ouest entre les deux communes, le roi de la récupération allumait ses feux de bivouac qui sentait trop souvent les poubelles de notre civilisation de plastic. Autoproclamé sentinelle des Fortifications Haxo, il faisait sa tambouille avec l’eau du ruisseau. En toute saison, pendant ses siestes, il se blottissait sur les escaliers près du mur de contrescarpe. Il ignorait le bruit de la route de la Résistance, la route historique Stendhal.
Longtemps il fréquenta la maison du jardinier qu’il a vu brûler un dimanche de 1990. Une vraie maison dauphinoise en tuiles-écailles à l’octroi de l’ancien parc de la villa mauresque dont les témoignages photos pérennisent l'histoire. Il y a 30 ans, c’était des jardins sur le terrain de la Guinguette avec des familles de mineurs locataires des immeubles de la petite Esplanade, de la cimenterie de la Porte de France. Les douves comblées des fortifications servaient à partager sur un banc un bout de saucisson et de causette avec les vieux retraités :
- Il fait beau, c’est mieux que la pluie !
Aucune plainte, jamais il m’a parlé de son époque de légionnaire, ou de sa solde que des jeunes allaient lui dérober en début de mois.
Le poste de garde est trop cadenassé pour servir d’abri, les jardiniers des Dauphins y entreposent leurs outils. L’inspection quotidienne continuait à petits pas flâneurs. Un regard pour voir si la grande sculpture de Morice Lipsi « Ouverture vers l’espace » tenait toujours la garde. Sur ce perchoir à 11,50m de haut, les pigeons s’y enmourachent en dansant sur ses 3 bras représentant les trois vallées de L'Y grenoblois. Ce témoignage de granit de Bretagne du symposium des jeux olympiques en 1968 marque la Porte d’entrée nord de la Capitale des Alpes.
Elle faisait partie de son étrange village formé de 1001 stations : les arrêts de bus, les marches du premier Office du tourisme de Grenoble. Est-ce qu’il savait que l’ancienne route de Lyon était une « Voie royale », impériale, avant de devenir une départementale ? Etrange touriste avec ses superpositions d’habits et son chapeau qui soliloquait face à la Porte de la France fondée par le Duc de Lesdiguières.Un jour en sortant de la boulangerie, je l’ai vu regarder longuement le regard dans le vague la plaque historique qui renseigne sur l’époque du commétable qui avait commandé le grand mail bordé à l’origine de peupliers d’Italie. En 1620, c’était un vaste camp d’entraînement pour la ville de Garnison.
Des générations d’enfants aiment venir rire dans les chapiteaux des cirques et Elmut accoudé sur les grilles en matant les tigres et félins, semblait rêver d’une ancienne vie de baroudeur ?
Dans son cheminement quotidien, il avait ses connaissances bienveillantes et le samu social des rues. Malheureusement combien d’humiliations vivait-il dans sa dure vie de la rue, des violences de bistroquets et dancings de nuit ?
Des artisans l’alimentaient en camionnettes de palettes pour son célèbre feu, contesté depuis l’incendie du Néron en 2003 face au risque d’enflammer le site emblématique de la Bastille si vulnérable les étés de canicules.
Pendant des décennies, il montait lentement en marmonnant la rue de la Résistance, puis de la Libération pour aller manger chez les sœurs de Sévigné. Puis, il redescendait la tête souvent chavirée de souvenirs de guerre. En 1981, il nous accusait violemment de lui avoir « volé » sa maison mauresque qu’il squattait dans les années 70 avec ses copains de bouteille.
L’alcool ravivait ses colères, ses effrois de bombardement et ses crises d’injures effrayaient les inconnus. Alors que s’approchant de lui, il suffisait simplement de lui dire :
- « Bonjour, qu’est-ce qui ne va pas aujourd’hui ?
Ses petits yeux bleus allumaient sa face burinée de cicatrices: « Rien, rien, ça va : fait beau, pas fait de bêtise », se repentait ce renverseur de poubelles. « J’y vais » et ses pas reprenaient sa ronde de quartiers, l’emmenant plus loin au fil des trottoirs, à la recherche d’abris précaires
Cet hiver, on ne lui portera plus des vêtements, des thermos de café chaud, ni de pain brioché pour ses mauvaises dents. Le grand-père des clochards a fait bifurquer sa route.
C’était un sacré résilient. Homme des bois sur les berges de l’Isère ou sur le chemin des sangliers longeant les fortifications, Elmut-Zygmut était une présence des coins de rue, dans une ville pressée d’indifférence.
Sans protecteur, les petites musaraignes et souris qui se nichent dans les meurtrières des fortifications seront affamées cet hiver. Le berger du petit peuple des murailles a fini de partager son pain cet hiver.
A la revoyure voisin !
Orangerie de la Casamaures, du 1er septembre au s. 3 octobre 2009
Hotel de ville de St-Martin-le-Vinoux, novembre, décembre 2009
Susville, église des mineurs, 15 mai 2011
CAF Grenoble (3 rue de Belgrade) ete 2011
Par un jeu sur les ambiguïtés de la lumière, l'imagination du spectateur se trouve avivée. Les effets de transparence, de réflexion transforment l'espace. Les ombres, les ouvertures prennent l'allure de silhouettes mouvantes ; des motifs se voient transposés dans le champ de l'objectif. Tout n'est qu' à faire de patience, de sensibilité et parfois même de hasard pour (re)créer la Casamaures. Et peut-être aussi pour oublier qu'il s'agit d'un lieu de vie où le temps ne s'est pas arrêté.
Ce sont d'habiles point de vue coupés qui interpellent l'esprit. Sans cesse sollicité, il lui faut imaginer ce que Claude Sandre n'a pas rendu accessible au regard, se confronter à la réalité, s'y perdre et rêver. Au-delà de l' « oeil » et des sens, c'est la raison qui est interpelée. Des choix cornéliens sont soumis à réflexion... il faut apprendre à renoncer. Le refus de la mise en scène fait de ses découpages artistiques de l'espace un nouveau mode d'appropriation des lieux qui se dérobent chaque fois. C'est cette même idée d'inachevé qui est reprise dans l'accrochage des photographies dépourvues de cadre : le regard va de l'une à l'autre sans transition matérielle. Et le fond neutre offre une ouverture sur un monde des possibles infini.
La puissance de ces clichés réside dans ce que la photogénie de la Casmaures donne à voir sans jamais révéler tous ses mystères. C'est un univers fantasmagorique que nous révèle Claude Sandre, plongeant le spectateur à l'intérieur et bien au-delà du cadre architectural enchanteur des Mille et une Nuits.
Les tirages ainsi exposés sur les murs de l'Orangerie semblent des notes de musique en liberté. L'esprit se libère, se trouve happé au cœur de cette ambiance fantastique laissant place à une véritable expérience sensorielle.
Si le voile est levé, l'objet de tous les désirs n'est jamais mis à nu.
jusqu'au 3 octobre, permanences chaque mardi, mercredi et samedi à 14h